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Comment j’ai serré les dents

Il y a peu de temps de ça, mon popa m’a dit (totalement innocemment, mon père sait être complètement nature, même si généralement ça fait de lui un gros con) : « Ce qui est chouette, c’est que ni toi, ni Belle-Soeur-Chérie n’avaient eu de problème pour vos grossesses ». Hum, oui, pour nos GROSSESSES.

En effet tout le temps où M. MiniDou était le PCP, j’allais fort bien, enfin presque. Disons que ma santé physique était au top. Niveau moral, j’ai passé un premier trimestre au bord de la crise de nerfs. Quant à Belle-Soeur-Chérie, nous rappellerons simplement que la Poupinette Nouvelle qui arrive fin novembre est attendue depuis 2 ans déjà. Deux ans c’est long, très long.

Mais revenons à moi, puisqu’après tout c’est principalement de moi dont il est question ici. Nous sommes en 2011, je suis la tante d’une adorable poupette depuis quelques mois et M. Doudou et moi lançons l’opération PCP. C’est aussi la rentrée scolaire, je retrouve 3 collègues enceintes et tout le monde me pose cette question (à l’époque je suis le bébé de l’équipe) : « Et toi alors ?! Quand est-ce que tu t’y mets ?! », j’élude, j’esquive, je rigole, je suis tout de même un peu jalouse des trois gros bides. Arrive la fin du mois, j’ai un peu de retard, c’est un peu tôt pour faire un test, mais nous partons en vacances très loin et j’aimerais savoir à quelle sauce je vais être mangée (rhum arrangé ou jus de goyavier ?)… Depuis 15 jours j’ai des mégas nausées et les seins tendus, je vais à la pharmacie un soir en sortant du boulot, la pharmacienne pense clairement que je suis trop jeune pour ça. Faut vraiment que j’arrête de me faire des couettes. Le lendemain matin, vessie prête à exploser, je fais pipi sur mon bâtonnet. Le test est négatif, je suis déçue, mais en même temps, ç’aurait été trop beau. Bref on emballe tout et on décolle.

En rentrant 15 jours plus tard, bronzés et fatigués, mais bien contents il faut bien se rendre à l’évidence : j’ai plus de 15 jours de retard. Je reprend le boulot le lendemain, j’ai vraiment mal au ventre, mais tant pis, je suis à la limite d’exulter. Le soir je retourne à la pharmacie et rachète un test. Il fait une chaleur à mourir pour un 17 octobre, même dans le sud… Je bois comme un trou. Du coup je fais le test lors d’un pipi nocturne à 4h du mat, négatif. Je suis tellement blasée, un mois de nausées et de douleurs dans la poitrine pour RIEN ?! Je retourne me coucher furieuse contre moi-même et contre le reste du monde. Au passage ma mauvaise humeur et mon manque de délicatesse réveillent M. Doudou qui passe également par la case WC/salle de bains et revient me dire « Ben pourquoi tu m’as pas dit que le test était positif ? » Vérification faite il a raison, le test est positif, j’avais sans doute pas assez attendu, ou mal vu avec mes petits yeux tout collés de sommeil.

Mardi midi, je retrouve mes collègues pour un méga repas avant leur départ en vacances et bien évidemment les questions bébés sont au programme, comme en septembre j’élude et je rigole. Je suis aux anges. Le vendredi je file chez le médecin et je demande qu’elle me prescrive une prise de sang. Elle me propose une écho de datation vu qu’avec cette histoire de 1er test négatif, il est probable que mon calcul de date d’ovulation soit faux… J’accepte ! Une écho ? Même en sachant que ce sera un quart de haricot j’ai trop hâte de voir ce petit squatter.

Le lendemain matin, à jeun et à deux doigts de vomir je fais ma prise de sang (14 tubes quand même, hein). Je rentre à la maison, engouffre un énorme petit déjeuner et dors. Le dimanche nous sommes chez mes parents pour le goûter, ils partent le lendemain voir ma nièce à Paris, mon petit frère les accompagne. J’ai mal au ventre, vraiment, trop. Je vais aux toilettes et découvre que je saigne abondamment. Je sors livide et explique discrètement à M. Doudou ce que je soupçonne et qu’il faut qu’on parte. On part donc rapidement sous couvert de les laisser préparer leurs bagages tranquilles. De retour chez nous je me couche et je pleure jusqu’au repas.

Lundi matin, je suis malade d’angoisse, j’ai atrocement mal au ventre et je suis épuisée. Heureusement mes collègues sont tous en vacances, pour une fois je suis contente de bosser sur un lycée tout en n’étant pas enseignante. Je ne veux voir personne. J’appelle ma gynéco pour lui expliquer ma situation et savoir quoi faire, la secrétaire me répond qu’elle est très occupée, j’insiste et obtient que la gynéco me rappelle. Une heure plus tard coup de fil, cette conversation avec celle que je considère comme la plus à même de m’aider et de me soutenir reste un souvenir cuisant, comme celles qui suivront dans les 15 jours d’enfer qui ont commencé ce 23 octobre :
 » Ma secrétaire me dit que c’est pour une suspicion de fausse couche précoce, c’est une erreur, non ?
– Non, je voudrais savoir quoi faire…
– Rien. Enfin, voyez avec votre médecin traitant, je suis occupée moi. Une fausse couche ça ne relève pas de mon domaine. »
Cette femme est gynécologue-obstétricienne, c’est elle qui fait mon suivi gynéco « classique », c’est à elle que j’ai parlé de notre projet PCP, si une fausse couche précoce ne relève pas de son domaine alors de celui de qui ? Mon facteur ?! Je suis dégoutée, j’appelle mon médecin, elle est en formation, la secrétaire me passe son associé qui me dit d’utiliser l’ordonnance de l’écho de datation pour faire une écho d’urgence et de voir avec les résultats de bêta HCG. Il me souhaite bon courage et m’indique que le docteur C. revient le jeudi, je prends RDV pour le vendredi. J’appelle tous les radiologistes possibles pour essayer de passer mon écho. Échec sur tout la ligne et soudain la lumière se fait : mon père a un copain qui est chef du service radiologie d’une clinique pas loin de chez moi. Je l’appelle, lui dit que c’est vraiment urgent, je suis au bord des larmes, il me dit « Ok, je te trouve un RDV avant demain soir, je t’appelle pour te dire quand.  » Je me lève de mon bureau et je me casse. De toutes façons je ne sers à rien, je ne fais que pleurer. Je suis épuisée. À peine arrivée à la maison (45minutes de trajet dans les sanglots), je reçois un SMS me donnant l’heure de mon RDV pour l’écho. J’ai juste le temps d’y aller. Je fonce, j’arrive là bas et j’attends 5 minutes qui me paraissent 5 ans. Je suis cernée par les femmes enceintes, je me retiens très fort de ne pas pleurer.

Arrive mon tour pour l’écho, après avoir froidement annoncé la nécessité d’une écho vaginale, l’échographiste cherche un moment, puis lâche sans préavis « C’est vide, y’a rien. » Je manque de lui vomir sur les mocassins. Il fait deux trois mesures de plus puis me laisse me rhabiller. Au moment de sortir je lui dit « Il faut que vous travailliez le tact, parce que je ne vous casse pas la gueule parce que je suis bien élevée, mais croyez moi, si vous annoncez ce genre de nouvelle à tout le monde comme ça… Ben quelqu’un finira par craquer et vous mettre un gros pain. » Je sors, récupère mes résultats au secrétariat et vais jusqu’à la voiture où je m’effondre en larmes. Je n’aurais jamais cru pouvoir pleurer autant. Je rentre à la maison en hoquetant pour attendre qu’il soit l’heure d’aller chercher mes résultats au labo. Il pleut et il fait froid. J’arrive au labo à moitié cachée par la capuche de mon sweat. La laborantine adorable qui ne m’avait même pas fait mal samedi me tend l’enveloppe en me disant avec un grand sourire : « Vous êtes enceinte !
– Ah… (toute petite voix)
– C’est une bonne nouvelle, non ?!
– Oui, non, je sais pas, oui. Je… »
Et je me casse en pleurant.

Quand M. Doudou finit par rentrer, je lui explique que mes craintes de la veille étaient fondées, que l’échographiste était un connard, que la gynéco m’a clairement suggéré d’arrêter de la faire chier etc. etc. Il ne réalise pas bien, me fait un thé et m’envoie au lit avec un « Demain ça ira mieux » qui m’énerve royalement. Le lendemain comme de juste, ça ne va pas mieux, j’ai atrocement mal au ventre, je suis crevée et je ne me sens pas le courage de voir qui que ce soit. Je vais tout de même au travail. J’en pars à midi sans avoir réussi à faire quoi que ce soit d’autre que sangloter ou dormir. L’après-midi je dors, le lendemain et le surlendemain je fais des journées complètes au boulot, mais tout aussi inutiles. Vendredi, ma belle-soeur et une amie qui a eu un bébé à peu près au même moment m’envoient des photos de leurs merveilleuses fillettes. Je pique une colère digne de celles que je faisais vers 5 ans… J’envoie la souris de mon PC voler à travers la pièce. Quand l’adorable informaticien viendra me la changer en me demandant ce qui est arrivé à la précédente, je lui répondrai « Des bébés mignons. » et il n’insistera pas. Notre informaticien insiste en revanche pour que je mange avec lui et son collègue et ils feront tout pour me dérider, ce sont deux jeunes papas, mais nous parlons exclusivement BD, films et jeux vidéos. Ça dure toute l’après-midi, j’ai l’impression d’avoir retrouvé des potes du lycée. On n’a rien branlé, mais ils me libèrent en fin d’aprem en me disant « On a rien fait de ce pour quoi on est payé, mais sinon on a fait quelque chose d’important, non ? »

Le soir j’ai rendez-vous avec le docteur C. Elle me demande avec un grand sourire comment je vais. Je lui réponds « J’ai fait une fausse couche. » C’est la première fois que je le dis, et pour la première fois en une semaine je ne pleure pas en y pensant. Elle m’explique qu’il va falloir qu’elle voie l’écho, qu’elle souhaite m’examiner si je suis d’accord et qu’il faudra refaire au moins une prise de sang pour le taux de bêta-HCG, peut être deux. Après l’examen ultra rapide (palpé du ventre, tension, poids) elle me dit « Je souhaiterais que vous voyiez votre gynéco habituelle pour un examen plus complet et aussi pour discuter avec elle des conséquences de la fausse couche ». J’accepte, on discute un peu, elle me donne son numéro de portable et me dit « N’hésitez pas à m’appeler et n’attendez pas trop pour le dire à vos parents. » Elle connait bien mes parents, qu’elle soigne aussi, et elle sait très bien que même si je m’engueule souvent avec papa pour des broutilles je peux compter sur eux. En réalité, je ne m’en rends pas vraiment compte sur le moment, mais c’est un très bon conseil.

Le lendemain je suis donc à nouveau au labo et c’est à nouveau la même laborantine qui m’accueille. En voyant l’ordonnance, elle ouvre de grands yeux et me dit
« Oooooooh, ben je comprends mieux pour lundi soir. Bon prenez ça et allez vous assoir, je vous appelle. »
« Ça » c’est une chupa au cola. J’ai l’impression d’avoir 3 ans et d’être récompensée pour n’avoir pas pleuré pendant la prise de sang, mais franchement… Je suis trop contente d’avoir eu une sucette. Cette fois-ci, il n’y a que deux tubes. Je suis rapidement dehors. La laborantine me dit qu’elle m’appellera si il faut refaire une prise de sang et que si je n’ai pas de nouvelles mardi soir c’est que je suis débarrassée de la question des examens. Elle ajoute « Je vous le souhaite, parce que franchement vous devez avoir plein de choses à gérer. », sur le moment je ne comprend pas, la lumière se fait une fois à la maison.

Le dimanche M. Doudou va récupérer mes parents et mon frangin à l’aéroport. Ils restent manger avec nous. J’ouvre une (excellente) bouteille. Mon père sert ma mère, mon frangin, propose à M. Doudou qui ne boit toujours pas puis se tourne vers moi j’acquiesce d’un signe de tête et tends mon verre…
« Ahah ! Boulette picole ! Toujours pas enceinte donc…
– J’ai fait une fausse couche la semaine dernière. »
GROS BLANC
Mon père est super gêné, il se lève et disparait dans le fond de l’appart pendant une demi-heure. Je ne sais pas ce qu’il est parti faire, mais je connais mon père : il cherche quelque chose pour se rattraper. Il sort tout à coup. Quand il revient il a une énorme boite dans les mains : un russe, ramené en scooter express par son associé qui habite à deux pas de ma pâtisserie préférée, et une tapette à mouches. Oui une tapette à mouches. Pour empêcher les autres de toucher à mon gâteau.

Évidemment le mardi soir la laborantine me rappelle en me disant qu’il faut refaire une prise de sang. Il ne me reste plus que quelques jours de vacances, j’appelle la gynéco pour essayer d’avoir un RDV en urgence puisque c’est ce que m’a demandé le docteur C. Naïve que je suis, je pense que c’est une bonne idée.
Pour une fois je tombe direct sur le docteur B.
« Mais c’est encore à propos de cette histoire de fausse couche ?!
– Oui, mon médecin traitant a demandé que vous m’examiniez et que je vois avec vous pour les conséquences.
– Oui, hé bien, ce n’est qu’une fausse couche, hein. Vous direz à votre médecin que j’ai d’autres chats à fouetter et que ce n’est vraiment pas mon rôle de gérer ça. Débrouillez-vous avec lui.
– Elle.
– Pardon ?
– Je dis « ELLE », c’est une femme, vous devriez la connaître elle exerce à deux immeubles de chez vous. Elle vous connait. C’est aussi un vrai médecin, capable de faire preuve d’empathie et de compréhension. Ce dont vous êtes apparemment incapable. Ce qui au passage me désole, je veux dire, même mon père [qui est son dentiste] peut être un vrai connard au quotidien, mais il sait faire preuve d’empathie SURTOUT si ça touche au domaine médical et ENCORE PLUS à des questions de désir d’enfant contrarié. Mais vous avez raison, après tout vous êtes gynécologue, celle sensée avoir la science du gynécée. Ça ne vous concerne pas. Rassurez-vous je ne vous emmerderai plus. Jamais. » Et je lui raccroche au nez.

La dernière prise de sang sera (enfin) négative. M. Doudou m’offre un jeu vidéo introuvable en France pour me remonter le moral. Mon père me fait encore livrer des pâtisseries tous les jours pendant 15 jours (j’ai fini par payer un plein d’essence à son associé dévoué). En janvier suivant je tombe enceinte. En octobre 2012 j’accouche du PCP. Je n’ai plus jamais revu le docteur B. Le docteur C. est toujours mon médecin chéri et j’ai trouvé une sage-femme adorable qui a une vision plus proche de la mienne de ce que doit être un suivi gynéco. Nous sommes en octobre 2014, ma fausse couche a 3 ans, M. MiniDou 2 ans (et c’est le plus beau des petits garçons. Non, cherchez pas, le mien est plus beau, en tous cas pour moi, votre avis rien à taper) et nous relançons une opération PCP intitulée cette fois-ci PCP-Numérobis.

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